أستاذ جامعي وباحث نووي وإقتصادي

Tripoli, un potentiel économique en suspens

Depuis des décennies, Tripoli est ballottée par les tensions régionales, sur fond de rivalités politiques et de conflits d’intérêts privés. Quelques jours après les récentes opérations antiterroristes menées par l’armée libanaise dans la ville, certains acteurs économiques locaux dressent un bilan moins dramatique que la gravité de la situation sécuritaire ne le laisserait supposer.

L’Orient Le Jour / Philippe HAGE BOUTROS

La tension sera finalement assez vite retombée après la fin des combats qui ont éclaté à la fin de la semaine précédente dans certains quartiers de Tripoli. L’ampleur des dégâts matériels est toujours en cours d’évaluation, même si une estimation émanant d’une source proche du Haut Comité de secours (HCS) et formulée en milieu de semaine faisait état d’une facture avoisinant les 20 millions de dollars. Mais si certains secteurs de l’économie de la ville, comme celui de la restauration, ressortent très affaiblis de cette nouvelle épreuve, d’autres affichent une forme de sérénité assez déroutante au demeurant. Un certain nombre de points de vente, d’industries et d’établissements universitaires sélectionnés et contactés par L’Orient-Le Jour affirment en effet que « l’activité n’a pas tardé à se relancer une fois les combats terminés ». « C’est la force de l’habitude », confient même certains parmi eux.

Le président de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Tripoli (CCIAT), Toufic Dabboussi, fait écho à ces voix. Pour lui, la situation économique de la deuxième ville du pays en termes de population et de superficie n’est « pas vraiment différente de celle du reste du Liban » et peut même être considérée comme « acceptable » au regard des circonstances. Une analyse qui coïncide avec les chiffres communiqués par Jassem Ajaka, le conseiller chargé des affaires économiques du ministre de l’Économie et du Commerce, Alain Hakim.

M. Ajaka rappelle en effet qu’avec « 1 % de croissance environ par trimestre, la perspective pour le pays de finir l’exercice 2014 à 1,5 % est assez optimiste au regard de la conjoncture ». Il précise également que cette croissance « a été essentiellement marquée, fin septembre, par une augmentation de 4 % de la consommation locale, laquelle est en grande partie dopée par les transferts de capitaux des expatriés ».

Pour en revenir à Tripoli, M. Dabboussi explique de son côté que les événements de la semaine dernière ont surtout affecté « certaines zones très commerciales », relevant au passage que ce secteur est généralement « impacté de façon plus directe que d’autres par les aléas sécuritaires ». Une analyse que semble confirmer la majorité des commentaires livrés par les industriels de la ville contactés par L’Orient-Le Jour. M. Dabboussi admet également que ces tensions permanentes peuvent être fatales aux « entreprises qui n’ont pas le souffle long », mais refuse toutefois de dramatiser. « Si une solution aux problèmes que rencontre Tripoli est dégagée aux niveaux politique et institutionnel, la ville se remettra naturellement sur les rails », conclut-il.

Une grande ville bien en dessous de son potentiel

Avec une population qui atteindrait le demi-million répartis sur une base de 14 km², selon les estimations qui circulent, Tripoli n’usurpe pas sa place de deuxième ville du pays. Un peu moins de 2 500 sociétés (contre environ 1 800 à Jounieh) y cohabiteraient, parmi lesquelles un peu plus de 54 restaurants et de nombreux petits commerces, selon l’annuaire des entreprises en ligne Yelleb.com. L’Association des industriels du Liban (Ail) répertorie, pour sa part, 91 industries dans ses registres, alors que, selon des sources proches de l’Association des banques du Liban, 54 agences bancaires se partagent la gestion des économies des Tripolitains, dont certains appartiennent à des établissements basés à l’étranger. De plus, 11 établissements bancaires sur les 29 implantés possèdent plus d’une agence domiciliée dans la ville. En plus de ces atouts, Tripoli possède le deuxième port le plus important du pays après celui de Beyrouth et se situe en plein milieu des axes principaux routiers qui longent la côte libanaise. Situé sur l’ancien réseau ferroviaire depuis 1911 et ancienne plateforme du pétrole jusque dans les années 80, la ville a les atouts pour être dans tous les bons coups sur plusieurs tableaux.

Malgré ces statistiques encourageantes, Tripoli ne contribuerait aujourd’hui qu’à hauteur « de 10 % du PIB, au mieux », selon M. Ajaka. Une source proche du bureau de la Banque mondiale au Liban estime même que ce chiffre reste très dépendant de l’activité du port de la ville, au niveau du fret. Pour le conseiller du ministre, Tripoli est surtout pénalisée par son fort taux de pauvreté, qui avoisinerait les 50 %, selon lui, et le fait que l’essentiel de cette population dépend d’une « économie de transferts ». M. Ajaka ajoute que « les habitants ont l’impression de bien s’en sortir parce que les performances économiques habituelles de la ville sont bien en deçà du potentiel de celle-ci, du fait de la situation sécuritaire ».

Cette réalité n’a pas échappé au président de la CCIAT qui veut cependant rester optimiste. « Tripoli est victime de sa réputation. Les Libanais ont peur de s’y rendre à cause de l’insécurité qui règne dans certains quartiers, mais je peux vous garantir que cette réalité ne se reflète pas dans la majeure partie de la ville. » Certains indices le laissent par ailleurs supposer, comme le projet de construction d’un terminal conteneur de 600 mètres de long et 15 mètres de large dans le port de la ville et conclu en 2013 avec la société émiratie Gulftainer. Selon M. Dabboussi, les travaux seront bientôt terminés et les activités de fret du port devraient ainsi s’accroître de façon significative à partir du début de l’année 2015. Une bonne nouvelle qui contraste avec celles qui nous parviennent du Liban-Nord depuis quelque temps.

مصدر lorientlejour

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