{"id":10002,"date":"2014-09-05T23:16:50","date_gmt":"2014-09-05T21:16:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.jassemajaka.com\/?p=10002"},"modified":"2019-03-10T23:25:41","modified_gmt":"2019-03-10T21:25:41","slug":"a-bourj-hammoud-les-syriens-de-premiere-generation-dans-lexpectative","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jassemajaka.com\/?p=10002","title":{"rendered":"\u00c0 Bourj Hammoud, les Syriens \u00ab de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration \u00bb dans l\u2019expectative"},"content":{"rendered":"<h4 dir=\"ltr\" style=\"text-align: left;\">L&#8217;Orient Le Jour \/ Philippe HAGE BOUTROS<\/h4>\n<p dir=\"ltr\" style=\"text-align: left;\">La municipalit\u00e9 de Bourj Hammoud, en bordure de Beyrouth, a \u00e9t\u00e9 investie par de nombreux r\u00e9fugi\u00e9s aux origines diverses depuis la moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Elle abrite aujourd&#8217;hui une communaut\u00e9 syrienne riche de plusieurs dizaines de milliers d&#8217;individus. Ces derniers se divisent en une majorit\u00e9 de familles qui se sont progressivement install\u00e9es au Liban apr\u00e8s avoir transit\u00e9 d&#8217;un pays \u00e0 l&#8217;autre au gr\u00e9 des opportunit\u00e9s.<\/p>\n<p dir=\"ltr\" style=\"text-align: left;\">\u00ab Khaled \u00bb et \u00ab Youssef \u00bb, comme ils d\u00e9cident de se pr\u00e9senter, sont issus de ce milieu. N\u00e9s au Liban et \u00e2g\u00e9s respectivement de 16 et 17 ans, ils travaillent tous les deux depuis plus de quatre ans. Le premier est ouvrier dans une petite fabrique de dalles en c\u00e9ramique de la r\u00e9gion. Sa r\u00e9mun\u00e9ration d\u00e9pend de son rendement et il produit r\u00e9guli\u00e8rement plus de 200 dalles par jour, entre 6 et 14 heures. Il confesse gagner \u00ab plus de 100 dollars par semaine \u00bb, en fonction de ses performances, dont il parle avec une certaine fiert\u00e9. Le second est employ\u00e9 comme \u00e9lectricien pour v\u00e9hicules automobiles chez un garagiste \u00e0 deux pas de son quartier.<\/p>\n<p dir=\"ltr\" style=\"text-align: left;\">Il a acquis ses comp\u00e9tences sur le tas et doit se rendre tous les jours \u00e0 son lieu de travail \u00e0 7 h du matin pour ne ressortir que vers 18 h, en moyenne. Lui ne gagne que \u00ab 100 000 livres par semaine \u00bb, m\u00eame s&#8217;il avoue aimer le m\u00e9tier qu&#8217;il exerce.<\/p>\n<p dir=\"ltr\" style=\"text-align: left;\">Si Khaled affirme que son employeur semble avoir pris des dispositions pour l&#8217;assurer en cas d&#8217;accident de travail, Youssef, lui, est d\u00e9pourvu de toute couverture sociale. Leurs r\u00e9mun\u00e9rations respectives se situent l\u00e9g\u00e8rement en dessous du salaire minimum au Liban (fix\u00e9 \u00e0 675 000 livres). Par ailleurs, la plupart des habitants du quartier de Nabaa interrog\u00e9s affirment travailler dans des conditions similaires, voire dans les m\u00eames secteurs d&#8217;activit\u00e9 (b\u00e2timent, industrie lourde et l\u00e9g\u00e8re et emplois non qualifi\u00e9s dans le tertiaire).<\/p>\n<p dir=\"ltr\" style=\"text-align: left;\">Mais comme Khaled et Youssef, ces travailleurs syriens s&#8217;estiment \u00ab bien lotis \u00bb, compar\u00e9s \u00e0 leurs compatriotes qui ont commenc\u00e9 \u00e0 affluer \u00e0 partir de 2010. \u00ab Nous connaissons des Syriens \u00e2g\u00e9s de 30 ou 40 ans qui gagnent \u00e0 peine plus que nous et qui ne sont pas aussi \u00e0 l&#8217;aise avec le travail que nous faisons \u00bb, conc\u00e8dent les deux adolescents. Un pompiste travaillant dans une station d&#8217;essence et pr\u00e9f\u00e9rant garder l&#8217;anonymat avoue m\u00eame qu&#8217;il \u00ab n&#8217;\u00e9changerait sa place pour rien au monde \u00bb avec celle de ses compatriotes, m\u00eame s&#8217;il \u00ab compatit \u00e0 leur malheur \u00bb.<\/p>\n<h4 dir=\"ltr\" style=\"text-align: left;\">Une Syrie, deux destins ?<\/h4>\n<p dir=\"ltr\" style=\"text-align: left;\">Mais la compassion des travailleurs syriens install\u00e9s au Liban pour ces derniers s&#8217;arr\u00eate l\u00e0. Il y a en effet un gouffre insoup\u00e7onn\u00e9 qui s\u00e9pare ces derniers des r\u00e9fugi\u00e9s qui ont immigr\u00e9 au Liban ces quatre derni\u00e8res ann\u00e9es. \u00ab On ne parle pas vraiment la m\u00eame langue, on ne vient pas des m\u00eames r\u00e9gions. En fait, on n&#8217;a presque rien en commun \u00bb, l\u00e2che Khaled. Un sentiment apparemment partag\u00e9 par une majorit\u00e9 de travailleurs syriens du quartier de Nabaa, qui ont finit par poser leurs valises au Liban au cours des 25 derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p dir=\"ltr\" style=\"text-align: left;\">Cette ligne de d\u00e9marcation se retrouve d&#8217;ailleurs dans l&#8217;organisation de l&#8217;aide aux r\u00e9fugi\u00e9s : Dana Sleiman, un responsable de la mission de l&#8217;agence des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (HCR), confirme que les priorit\u00e9s de son organisation se focalisent exclusivement sur ces derniers. \u00ab Nous essayons, autant que possible, de filtrer les migrants \u00e9conomiques des r\u00e9fugi\u00e9s, avant de prendre en charge les personnes qui comptent sur notre aide \u00bb, affirme-t-elle.<\/p>\n<p dir=\"ltr\" style=\"text-align: left;\">Pour Jassem Ajaka, conseiller charg\u00e9 des affaires \u00e9conomiques du ministre de l&#8217;\u00c9conomie et du Commerce, Alain Hakim, l&#8217;arriv\u00e9e des travailleurs et des r\u00e9fugi\u00e9s sur le sol libanais est li\u00e9e \u00e0 trois facteurs ant\u00e9rieurs aux \u00e9v\u00e9nements de 2010. Le premier concerne la porosit\u00e9 des fronti\u00e8res entre la Syrie et le Liban. Le second r\u00e9side dans l&#8217;absence de statistiques nationales permettant de dresser une cartographie pr\u00e9cise des flux d\u00e9mographiques et \u00e9conomiques entre les deux pays. Le troisi\u00e8me, enfin, trouve son origine dans \u00ab\u00a0la propension des Libanais \u00e0 servir d&#8217;interface aux transgressions en mati\u00e8re de droit du travail et d&#8217;immigration\u00a0\u00bb. Ce sont ces trois facteurs qui auraient encourag\u00e9 un mouvement d&#8217;immigration jug\u00e9 \u00ab\u00a0incontr\u00f4l\u00e9\u00a0\u00bb depuis de nombreuses ann\u00e9es, mouvement qui s&#8217;est logiquement amplifi\u00e9 avec la crise syrienne.<\/p>\n<p dir=\"ltr\" style=\"text-align: left;\">M. Ajaka reconna\u00eet ensuite qu&#8217;il est difficile de chiffrer pr\u00e9cis\u00e9ment le nombre de Syriens qui travaillaient au Liban avant 2010 et table sur \u00ab\u00a0quelques centaines de milliers d&#8217;individus\u00a0\u00bb. Il estime enfin que la participation de ces derniers au PIB libanais \u00ab\u00a0avoisine les 5\u00a0% seulement\u00a0\u00bb, sans pouvoir certifier de fa\u00e7on d\u00e9finitive un chiffre \u00ab\u00a0inv\u00e9rifiable dans les circonstances actuelles\u00a0\u00bb. Il note cependant que la faiblesse de cette contribution s&#8217;explique surtout par le fait que la majeure partie de ces immigr\u00e9s \u00ab\u00a0d\u00e9pensaient et d\u00e9pensent encore l&#8217;essentiel de leurs revenus hors du march\u00e9 libanais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p dir=\"ltr\" style=\"text-align: left;\">\u00ab M\u00eame si une r\u00e9gularisation des Syriens qui travaillent depuis des ann\u00e9es au Liban devrait \u00eatre envisag\u00e9e pour des raisons de justice sociale, l&#8217;op\u00e9ration de tri est malheureusement trop compliqu\u00e9e \u00e0 mettre en \u0153uvre, conc\u00e8de M. Ajaka. Car si un resserrement de la politique d&#8217;immigration devait voir le jour au Liban, notamment par le biais de quotas de travailleurs \u00e9trangers, comme le souhaite M. Hakim, il sera bien difficile de distinguer ceux qui auront s\u00e9journ\u00e9 sur le territoire de fa\u00e7on continue des r\u00e9fugi\u00e9s arriv\u00e9s apr\u00e8s 2010 \u00bb, conclut-il.<\/p>\n<p dir=\"ltr\" style=\"text-align: left;\">Il convient de pr\u00e9ciser que dans un rapport publi\u00e9 cette ann\u00e9e, la Banque mondiale (BM) relevait que les r\u00e9fugi\u00e9s syriens au Liban p\u00e9nalisaient l&#8217;\u00e9conomie libanaise \u00e0 hauteur d&#8217;\u00ab un milliard de dollars par an directement \u00bb, et \u00ab 4 milliards et demi indirectement \u00bb. Des pertes qui repr\u00e9sentent 12 % du produit int\u00e9rieur brut (PIB) du pays et qui co\u00efncident avec une contraction continue de ce dernier de 2,9 % par an entre 2012 et 2014. Au cours de la m\u00eame p\u00e9riode, 170 000 libanais tombaient dans la pauvret\u00e9 alors que le taux de ch\u00f4mage d\u00e9passait la barre des 20 %.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant m\u00eame le d\u00e9but de la crise syrienne, des centaines de milliers de travailleurs originaires de Syrie avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9lu domicile sur le territoire libanais, sans pour autant s&#8217;int\u00e9grer pleinement dans le tissu \u00e9conomique du pays. L&#8217;afflux massif de r\u00e9fugi\u00e9s amorc\u00e9 il y a trois ans risque bien de changer la donne. Portrait d&#8217;une communaut\u00e9 qui nage entre deux eaux.<\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":10003,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[489,101,281,100,98],"class_list":["post-10002","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-1","tag-489","tag-101","tag-281","tag-100","tag-interviews"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.jassemajaka.com\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/155972_134000_large.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/paTyQg-2Bk","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.jassemajaka.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10002","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.jassemajaka.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.jassemajaka.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jassemajaka.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jassemajaka.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10002"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.jassemajaka.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10002\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10006,"href":"https:\/\/www.jassemajaka.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10002\/revisions\/10006"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jassemajaka.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/10003"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.jassemajaka.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10002"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jassemajaka.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10002"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jassemajaka.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10002"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}